En marge de la très belle exposition que le MAD Paris consacre au centenaire de 1925, j'ai découvert le texte intitulé 𝑫𝒆́𝒇𝒆𝒏𝒔𝒆 𝒅𝒖 𝒍𝒖𝒙𝒆, écrit en 1929 par Paul Iribe, figure clé de l’Art déco.

Au crépuscule des années folles, ce texte prophétique pointe la fragilité du savoir-faire artisanal face à une production industrielle de masse et plaide la cause visionnaire de la “Marque France”.

Il résonne puissamment avec les enjeux actuels de l'artisanat du luxe face à la mondialisation et à l’artificialisation.

Par ordre d’apparition : Paul Iribe, André Groult, Jacques-Emile Ruhlmann (7), Robert Mallet-Stevens, Pierre Chareau et Jean-Michel Frank.

« Les Industries françaises du Luxe sont en péril de mort. Nous sommes tombés dans le piège que nous tendait le Monde : la Machine, qui ne peut être qu'un moyen, nous l'avons prise pour un but. Nous avons confondu l'engrenage avec la main et le courant avec l'esprit. Sous le prétexte primaire de "machinisme universel" nous avons, pour la première fois dans notre histoire française, subi au lieu d’imposer ; car, lorsque le génie français, par un caprice fécond, s'est inspiré d'un art étranger –italien, chinois, grec–, il l'a toujours assimilé en lui imprimant puissamment sa marque. Qui donc oserait prétendre que nous n'avons, pendant dix ans, copié servilement ?

Nous avons copié le building en forteresse, le meuble en cercueil, le boudoir en tube, le bijou en bois. Avions-nous le droit de prostituer en série la plus noble marque du Monde, la "Marque France". Avions-nous le droit de blesser ainsi, mortellement peut-être, la seule industrie qui soit vraiment française et que rien de mécanique ne peut remplacer : l'Industrie du Luxe, c'est-à-dire de l’exception ?

Mais nous avons parlé d'évolution nécessaire, et nous avons parlé d'Internationalisme... Ces mots étaient moins durs, pour ce qui nous restait d'amour-propre, que celui de "reniement".

Nous avions tout renié de ce qui était nôtre, de ce qui faisait, non pas seulement notre force artistique, qu’importe !, mais notre force commerciale. Au moment où la Machine, épuisée d'avoir fabriqué dix milliardaires et trente millions de chômeurs, s'arrête, quoi de moins surprenant que notre stupeur désemparée…

Mais vous défendrez le Luxe avec fierté. Vous défendrez, comme un drapeau, ces Industries suprêmes : Architecture française, Art Décoratif français, Soie, Tissu, Tapis français, Mode, Bijou, Parfum français, qui sont notre gloire et notre richesse... Vous opposerez la pierre française au logement au mètre cube ; vous opposerez la soie française au drap national ; vous opposerez l'ouvrier français à l'esclave...

Et vous montrerez au Monde, qui, alors, vous acclamera, les limites que la "standardisation" ne doit pas franchir, les frontières au-delà des-quelles, Artistes, Ouvriers, Hommes Libres, nous nous tenons. »

Précédent
Précédent

Paul Iribe | centenaire de l’Art déco

Suivant
Suivant

Horizon, expériences de la matière au JAD