Paul Iribe | centenaire de l’Art déco
Le regard doux cerclé de noir de Paul Iribe ne dit rien du talent excentrique de cette figure prolifique du luxe français.
Apprenti typographe à la revue « Le Temps », Paul choisit la voie du dessin et se forme aux arts graphiques à l’école des Beaux-Arts de Paris.
Après un court passage chez un architecte pour l’exposition universelle de 1900, il se lance comme illustrateur et caricaturiste de presse pour plusieurs revues satiriques –𝐹𝑟𝑜𝑢-𝑓𝑟𝑜𝑢, 𝐿’𝐴𝑠𝑠𝑖𝑒𝑡𝑡𝑒 𝑎𝑢 𝑏𝑒𝑢𝑟𝑟𝑒– puis fonde en 1906 𝐿𝑒 𝑇𝑒́𝑚𝑜𝑖𝑛.
Paul Poiret, qui lit la revue, repère l’emploi original du noir et juge le raffinement du trait apte à mettre en valeur la nouvelle silhouette féminine qu’il prône.
Publié en 1908, 𝐿𝑒𝑠 𝑟𝑜𝑏𝑒𝑠 𝑑𝑒 𝑃𝑎𝑢𝑙 𝑃𝑜𝑖𝑟𝑒𝑡 𝑟𝑎𝑐𝑜𝑛𝑡𝑒́𝑒𝑠 𝑝𝑎𝑟 𝑃𝑎𝑢𝑙 𝐼𝑟𝑖𝑏𝑒 invente le catalogue de mode moderne.
Iribe est lancé !
Il crée une revue d’art et de littérature avec Jean Cocteau comme rédacteur en chef. Introduit dans le milieu artistique et mondain, il consacre aussi son coup de crayon à la création de mobilier. Installé rue du Faubourg-Saint-Honoré –repaire des ébénisterie et décorateurs de luxe– il collabore avec Poiret, Paquin, Lanvin et décore l'appartement du célèbre collectionneur Doucet.
Pour ses meubles inspirés du XVIIIe siècle, il trace de gracieuses volutes et des spirales stylisées et pose un trait d’union entre l’Art nouveau et l'Art déco dont il est le précurseur.
Sa renommée le précède aux États-Unis, où il part s’installer en 1919 pour monter un bureau de création. À Hollywood, il devient le directeur artistique de la société cinématographique co-fondée par Cecil B. De Mille et réalise notamment les décors de la version muette des 𝐷𝑖𝑥 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑎𝑛𝑑𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡𝑠.
Après une quinzaine de films et une brouille avec B. De Mille, il rentre en France en 1924, en plein rayonnement Art déco.
Eclipsé par sa parenthèse américaine, il réactive son réseau et sa clientèle en créant des bijoux, du mobilier, des tissus et... un emblématique motif : "la rose Iribe".
Alors qu’il dessine pour Cartier, il rencontre Mademoiselle Chanel.
Ensemble ils préparent la première collection de haute joaillerie moderne «Bijoux de diamants». Présentée en 1932, les comètes, rubans et étoiles font sensation et même scandale Place Vendôme. Car Coco a fait fi des règles de la joaillerie classique et réinvente le bijou dans un esprit artistique, loin des parures figées et ostentatoires.
Partageant le goût du luxe et du bel ouvrage, ils vivent une relation passionnée jusqu’en 1935 où la mort l’emporte subitement alors qu’il joue une partie de tennis dans la villa de Coco à Roquebrune.