Paul Poiret | centenaire de l’Art déco
L’oeil qui frise de Paul Poiret semble presque vouloir s’excuser d’en faire trop… Car sous son air posé, il est en réalité un feu d’artifice créatif à lui tout seul.
Lorsque l’Art déco est à son apogée en 1925, Poiret est déjà sur le déclin, après avoir été pionnier avec sa vision globale de l'esthétique, caractéristique de l’époque.
Précurseur, il libère dès 1906 la silhouette féminine du corset.
Ses robes d'inspiration orientale se parent de motifs exotiques et de couleurs vives.
Il leur donne des noms ("Serais-je en avance", "La cendre de la cigarette"…), préfigurant le storytelling moderne et les fait illustrer par Paul Iribe.
À la conquête du monde, il embarque sa femme et une demi-douzaine de mannequins dans une tournée de promotion, de la Russie aux USA.
Il est le premier couturier à créer des parfums qu'il promeut à l’aide d’astucieux éventails et marque-page parfumés.
Il donne des fêtes costumées fastueuses et fantasques où le Tout-Paris se presse.
Il réalise les costumes de 𝘭’𝘐𝘯𝘩𝘶𝘮𝘢𝘪𝘯𝘦, chef d’oeuvre du muet art déco, et commande une villa à Mallet-Stevens, l’un des décorateurs du film.
Dans le prolongement de la mode, il se passionne pour la décoration et invente le bar d’appartement ou la baignoire encastrée dans le sol.
En fondant en 1911 l’école Martine, il laisse libre court au talent de jeunes apprenties et édite les papiers peints, meubles et objets de décoration conçus suivant une pédagogie innovante qui révèle une grande attention à la création artisanale, en réaction à la production industrielle de piètre qualité.
Parmi ses clients, Jacques Doucet, son maître des débuts, ou l'actrice Andrée Spinelly, adoptent ses teintes vibrantes, ses motifs opulents et ses matières contrastées.
Pour l’Exposition des Arts décoratifs de 1925, Poiret voit grand : avec un sens de l’événementiel très avant-gardiste, il amarre trois péniches sous le pont Alexandre-III. 𝘈𝘮𝘰𝘶𝘳𝘴 pour la décoration intérieure, 𝘖𝘳𝘨𝘶𝘦𝘴, pour la parfumerie et 𝘋𝘦́𝘭𝘪𝘤𝘦𝘴 dédiée à la plus fine gastronomie française. Aménagées par Ronsin et Laverdet, les péniches sont pourtant boudées par le public...
Tandis qu’il refuse de se plier au style en vogue –motifs géométriques et allure garçonne– ses affaires déclinent rapidement, déjà fragilisées par une gestion hasardeuse. Accablé par la crise de 29, il fait faillite en 1932.
Ses quinze dernières années sont faites de voyages et de tentatives théâtrales.
Le « king of fashion » comme le surnommaient les Américains, finit sa vie seul car divorcé, et ruiné dans sa maison inachevée de Mézy-sur-Seine.