Le roi du cachemire qui aimait les livres
Il était une fois un jeune garçon née en Italie dans une famille d'agriculteurs.
De son enfance rurale, au milieu des oliveraies et des champs de blé, il hérita de valeurs fondamentales : le respect de la terre, l’amour du travail bien fait, l’équilibre entre profit et prodigalité, la dignité humaine.
Plus tard, mêlé aux débats d’étudiants qui animaient le café de son quartier, il se prit de passion pour la philosophie et retint des grands penseurs ses plus belles leçons de vie.
À 25 ans, motivé par l’envie d’apporter de la couleur et de la modernité à une noble matière traditionnelle –le cachemire– il créa son entreprise, la baptisant de son nom.
Enthousiaste et opiniâtre, il développa son activité avec comme boussole le principe d’équité transmis par son père.
Il considérait qu’un beau chandail génère plus de bien-être si l'artisan qui le fabrique se sent bien.
Il mit en oeuvre sa conviction qu’un capitalisme humaniste est possible, englobant à la fois les valeurs matérielles et spirituelles pour servir une humanité durable.
Ainsi ses campagnes publicitaires ne communiquèrent jamais sur ses produits, mais sur la nature, la culture, l’esprit et l’âme…
Toujours guidé par la sagesse des anciens, il tissa à travers la lecture un dialogue avec le passé, les livres incarnant à ses yeux la transmission féconde d'une pensée éternelle apte à inspirer le progrès.
Il n’avait de cesse de penser comme l’empereur Hadrien que :
« 𝘍𝘰𝘯𝘥𝘦𝘳 𝘥𝘦𝘴 𝘣𝘪𝘣𝘭𝘪𝘰𝘵𝘩𝘦̀𝘲𝘶𝘦𝘴, 𝘤’𝘦𝘴𝘵 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘦 𝘤𝘰𝘯𝘴𝘵𝘳𝘶𝘪𝘳𝘦 𝘥𝘦𝘴 𝘨𝘳𝘦𝘯𝘪𝘦𝘳𝘴 𝘱𝘶𝘣𝘭𝘪𝘤𝘴, 𝘢𝘮𝘢𝘴𝘴𝘦𝘳 𝘥𝘦𝘴 𝘳𝘦́𝘴𝘦𝘳𝘷𝘦𝘴 𝘤𝘰𝘯𝘵𝘳𝘦 𝘶𝘯 𝘩𝘪𝘷𝘦𝘳 𝘥𝘦 𝘭’𝘦𝘴𝘱𝘳𝘪𝘵. »
Cette nécessaire transmission l’amena à créer à Solomeo –son village, également siège de son entreprise– une bibliothèque universelle destinée à lui survivre mille ans, au profit des habitants et des générations futures.
Y furent peu à peu rassemblés les oeuvres essentielles du monde entier, couvrant cinq disciplines : philosophie, littérature, poésie, architecture et artisanat.
Un défi pharaonique relevé par cet évergète des temps modernes.
Contrairement à ce que laisse penser cette double page parue récemment dans la presse, Brunello Cucinelli ne vend donc pas de livres.
Symboles de la transmission, ceux-ci sont le reflet de son activité artisanale d'excellence, qu’il a choisi de faire grandir plutôt que grossir et qui redonne tout son lustre au vrai luxe.