IGP Europe, “Attention fragile !”

La porcelaine de Limoges est le premier produit artisanal et industriel à bénéficier d’une indication géographique protégée au niveau européen.

Une révolution discrète inaugurée par une filière déjà pionnière en 2016 de l'IGP française appliquée au secteur manufacturé.

Le certificat a été officiellement remis lundi 18 mai par le directeur de l'Office européen de la propriété intellectuelle (EUIPO) à Michel Bernardaud, président de l'entreprise éponyme et de l'association IGP « Fabriqué à Limoges ».

Instauré en 1992, l'IGP européenne a été étendue aux produits artisanaux et industriels en décembre 2025.

Comme jusque là pour les vins, les spiritueux et les produits agricoles, ce bouclier juridique est conçu pour protéger, dans les 27 États membres, les savoir-faire manufacturés exposés aux imitations, aux usurpations et aux contrefaçons.

C’est une bonne nouvelle, mais qui interroge tout de même...

Car derrière cette avancée réglementaire se pose une question de communication encore peu formulée :

En gagnant une protection européenne, le luxe et l'artisanat d'art français ne risquent-ils pas de perdre ce qui fait précisément leur force aux yeux du monde — leur identité française ?

Dans les esprits, notamment à l’international, comment faire comprendre que cette IGP européenne ne signifie pas un « made in Europe », plus administratif, plus abstrait ?

Ce que l’IGP européenne change :

— une protection juridique renforcée dans les 27 États membres de l’Union européenne ;

— une reconnaissance du lien entre territoire, savoir-faire et produit ;

— un enregistrement harmonisé à l’échelle européenne ;

— le droit d’arborer le logo officiel « Indication géographique protégée ».

Ce qui mérite débat :

— comment éviter que le cadre européen ne brouille le récit territorial ?

— comment faire comprendre, notamment à l’international, qu’une IGP européenne ne signifie pas « made in Europe » ?

— comment préserver la force d’évocation du territoire de Limoges, de la matière kaolin –cet or blanc des manufactures, du trésor du geste « made in France » ?

Car « Made in France » dit bien plus qu’une mention de protection juridique. C’est un imaginaire désirable et désiré, de Tokyo à New York en passant par Dubaï.

Le monde n’achète pas de la « porcelaine d’Europe », mais bien du 𝘓𝘪𝘮𝘰𝘨𝘦𝘴. De la porcelaine, française, ancrée, séculaire.

La question n’est pas de choisir entre protection juridique et identité française. Les deux sont nécessaires. Mais si l’Europe peut offrir un bouclier, elle ne doit pas devenir un écran.

À nous de veiller à ce que la protection européenne n’efface jamais ce qu’elle est censée défendre : la force d’un nom propre, d’un territoire, d’une histoire et d’un savoir-faire.

Si l’IGP protège l’appellation, le récit, lui, préserve la singularité.

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