Pour une révolution de l’attention
Voilà une dizaine d’années que je me frotte à l’intelligence artisanale et que j’observe le sens que les artisans d’art redonnent à notre époque à travers la durabilité des matières, l’excellence et l’inventivité des gestes, la noblesse de la transmission, l’ambition du Beau, et... le bonheur de créer.
Car ils sont heureux dans leur activité. Ce bonheur profond–exprimé parfois avec pudeur– est un véritable « baume de bien commun » qui mérite d'être partagé.
Mais comment faire entendre sa voix dans le brouhaha contemporain et l’immense zapping informationnel où le temps d’attention moyen est descendu à 8 secondes ?
J’ai l’intime conviction qu’il faut dorénavant jouer le contraste.
Parler plus bas pour être audible.
Briller par sa sobriété pour être visible.
Imposer de ralentir pour éprouver.
Cette 𝗿𝗲́𝘃𝗼𝗹𝘂𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲 𝗹’𝗮𝘁𝘁𝗲𝗻𝘁𝗶𝗼𝗻 commence par celle accordée à l’autre, dans la rencontre, pour recueillir une expérience, comprendre une pratique, s’imprégner des sensations d’un atelier, écouter ce que dit ou cache un parcours et tous ses méandres, entendre une «petite musique» et se mettre au diapason d’une passion.
Vient ensuite l’étape artisanale du verbe et de la matière première des mots.
Là, point d’IA. Il ne s’agit pas d’aligner des formules monotones et des tournures mécaniques, ni de faire du bruit à tout prix.
Mais au contraire, de choisir des mots riches de nuances qui sonnent juste pour transcrire un univers avec sincérité et révéler avec subtilité sa singularité.
C’est cet exercice passionnant que j’ai pratiqué en avril et en mai avec les participants du DU EDAMAP, un programme conçu par le Campus Versailles et l’CY Cergy Paris Université et dédié à la reconversion dans la création, la reprise ou le développement d’une activité dans les métiers d’art et du patrimoine.
Après avoir partagé et expliqué ma méthode V.O.I.X., chacun a ensuite exposé sa première présentation de marque.
De la peinture sur soie, à la restauration de tableaux, en passant par le décor en lettres et jusqu’à la laine "viking" –et autant d’autres projets– nous avons collectivement abordé une grande variété de domaines et de sensibilités.
C’est là, au détour d’une proposition, au fil des remarques des uns et des autres, que des mots clés ont surgi, que des formulations se sont ébauchées, explicitant le « pourquoi » unique de chacun et éclairant un peu plus chaque projet.
Jusqu'à toucher juste pour donner à ressentir, plus encore qu'à voir.
Merci à eux pour leur participation féconde.