Sèvres, une passion Rothschild
Collectionneurs compulsifs de porcelaine de Sèvres du XVIIIe siècle, tous les membres de la famille Rothschild répartie partout en Europe –de Paris à Londres, en passant par l’Autriche et la Suisse– ont contribué à préserver par leur passion un inestimable trésor national.
Une exceptionnelle exposition y est consacrée jusqu’au 26 juillet dans la galerie du Mobilier national à Paris.
L’arbre généalogique des Rothschild y prend l’allure d’un extraordinaire inventaire.
Tout y est, absolument tout.
Même ce que vous n’imaginiez pas pouvoir être en porcelaine.
Des assiettes évidemment.
Des terrines et des cuvettes.
Des services à thé et à café par centaine.
Des pot-pourri en vaisseau, des vases Bourdaloue, des pendules, des oeufs côtelés, des plaques d'ornement de mobilier.
Mais aussi des dressoirs à huîtres, un écritoire à globes, une plaque de billard ou des bras de lumière.
Bref, de l’intimité des robes à crinoline des dames jusqu’aux tables de fastueux dîners de Cour, la précieuse porcelaine savait se rendre utile à bien des usages, quitte à se faire pièce unique.
Elle adopte aussi des teintes étonnantes –bleu céleste, rose Pompadour, vert de pomme– et se pare de camaïeux, de grisailles et de dorures qui prennent toute leur profondeur grâce aux propriétés de la porcelaine « pâte tendre ».
Motifs floraux, rocailles et guirlandes, oiseaux et animaux exotiques, scènes pastorales ou de chasse, portraits de famille... les décors et les volumes varient à l’infini.
Deux épisodes historiques ont pourtant bien risqué d’anéantir ce précieux patrimoine.
D’abord la Révolution française qui disperse sur le marché des milliers de pièces de « Vieux Sèvres » dont les Anglais seront les premiers à s’enticher au début du XIXe. Suivis par le Tout-Paris dans une frénésie d’achat –sous la houlette de la toute nouvelle maison Drouot– et en particulier de James et Betty de Rothschild.
Puis la Seconde Guerre mondiale où les collections familiales sont victimes d’une spoliation organisée par les Allemands nazis et d’une mise sous séquestre par le régime de Vichy, heureusement contrecarré par la préemption des musées nationaux qui évite l’éparpillement des biens.
Certaines de ces pièces confisquées retrouveront même enfin leurs propriétaires grâce aux recherches menées pour cette exposition.
In fine, la famille Rothschild aura non seulement permis de sauver des remous de l'Histoire un pan entier de notre artisanat d’art, mais l’aura aussi restitué à la nation par ses dons successifs.
C’est notamment le cas de Béatrice Ephrussi, la petite fille de James, qui lèguera sa villa Île-de-France de Saint-Jean-Cap-Ferrat, fabuleux écrin de sa collection de mille Sèvres.
Il faut aller admirer de près les infimes détails dignes des plus fines enluminures, les plumes d’oiseaux, les minutieuses arabesques à l’or fin et les délicats effets nuageux.