C’est une vénérable manufacture, bien connue pour son bleu…

Adossée à la colline de Sèvres depuis 270 ans.

Initialement fondée à Vincennes en 1740, elle vient se nicher en aval de la Seine en 1756.

Ancrée sur son site bâti au XIXe siècle, elle rayonne aussi dans toutes les manifestations internationales d’art contemporain et de design.

Derrière l’édifice d’apparat qui abrite le musée, de longs bâtiments de briques se déploient dans un dédale de travées larges comme des rues où s’engouffrent le vent et le soleil.

Ils abritent un « moulin » (la fabrication des pâtes plastique et liquide), un « magot » (l’entreposage des moules), 26 ateliers et 125 artisans céramistes et techniciens d’art.

La Sèvres - Manufacture et Musée nationaux est le laboratoire unique au monde d’un savoir-faire vivant qui fait se rencontrer la physique et la chimie, le blanc et la couleur, les artistes et les artisans d’art.

De ce creuset de création sortent aussi bien les lignes art déco d’un Ruhlmann, que la rigueur striée d’un Soulages, ou la fantaisie colorée d’un Sottsass.

Au détour d’une allée, c’est un buste qui vous épie sévèrement, ou un vase au tournant d’un ancestral four à bois, une biche qui vous fait de l’oeil en haut d’un escalier, ou encore, dans l’atelier de moulage-reparage, des modèles XVIIIe qui passent le temps…

Paradoxalement, la porcelaine, symbole du blanc, a de la mémoire.

Avant d’être cette surface fragile et sonore, elle aura été pâte inerte ou fluide docile.

Elle garde le souvenir de sa conception : la pression trop forte d’un pouce, l’infime tremblement d’une main, le tracé d’un outil, la lenteur d’un séchage, l’humeur d’un feu.

Aussi exigeante que diaphane, elle ne pardonne ni la précipitation ni l’approximation d’un geste. Et ce qui se joue dans l’atelier ne se révèle parfois qu’après cuisson, lorsque le feu a rendu son verdict.

Une forme trop vite conduite, une épaisseur mal pensée, une tension invisible dans la pâte, et l’objet se déforme, se fend ou s’effondre.

La porcelaine se souvient : de la main qui l’a tournée, du moule qui l’a accueillie, de l’eau qui l’a bercée, de l’air qui l’a traversée, du feu qui l’a vitrifiée.

Elle se souvient de ses tensions internes, invisibles, tapies dans l’épaisseur de la paroi : les reprises, les corrections, les repentirs, les ruses patientes de l’artisan, qui peuvent dormir des décennies, puis se réveiller d'un coup, sans prévenir.

Tout son caractère réside sans doute dans cette contradiction entre apparence marmoréenne et rétivité intime.

À Sèvres, on ne « fait pas de la porcelaine ».

On la prépare à partir des meilleurs minéraux, on la façonne dans un long processus, on anticipe ses caprices et on accompagne ses métamorphoses pour lui donner vie.

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Pour une révolution de l’attention