L’art, très décoratif, du voyage | centenaire de l’Art déco
Cette semaine, pour continuer à célébrer le centenaire du mouvement Art déco, je vous présente non pas une figure en chair et en os, mais deux légendes de fer et de vapeur qui incarnent durant les Années folles l’art du voyage à la française et font rayonner à travers le monde la luxueuse esthétique Art déco.
Nourri d’imaginaires puissants – orientalisme et autres exotismes coloniaux – le voyage itinérant se métamorphose en un rite raffiné et prestigieux, alliant vitesse, technique et élégance.
L’élite cosmopolite – aristocrates rentiers, industriels fortunés, têtes couronnées, vedettes de cinéma – embarquent pour affaires ou s’évadent par plaisir, savourant le faste d'un confort très moderne, en mer comme sur terre.
Souvent éclipsé par ses prédécesseurs, 𝘍𝘳𝘢𝘯𝘤𝘦 et 𝘗𝘢𝘳𝘪𝘴, et par son illustre successeur, 𝘕𝘰𝘳𝘮𝘢𝘯𝘥𝘪𝘦, le paquebot 𝘐̂𝘭𝘦-𝘥𝘦-𝘍𝘳𝘢𝘯𝘤𝘦 est pourtant un fleuron de la CGT (Compagnie Générale Transatlantique) sur la ligne Le Havre–New-York.
Inauguré le 22 juin 1927, il est le premier grand navire de luxe français après la Première Guerre mondiale. Véritable palace flottant, c'est un manifeste Art déco à lui tout seul grâce aux nombreux artistes, architectes et décorateurs engagés suite à l’exposition internationale des Arts décoratifs de 1925 : Jean Dunand, René Lalique, Paul Landowski, Paule et Jules Leleu, Paul Poiret (Atelier Martine), Pierre Patout, Jacques-Émile Ruhlmann, Louis Süe, André Mare ou encore Raymond Subes... Des suites feutrées aux décors uniques, des espaces communs aux volumes spectaculaires pour des activités variées... du jamais vu !
À bord du 𝘚𝘪𝘮𝘱𝘭𝘰𝘯-𝘖𝘳𝘪𝘦𝘯𝘵 𝘌𝘹𝘱𝘳𝘦𝘴𝘴 – nom donné après la Seconde Guerre mondiale en référence au nouveau trajet via le tunnel du Simplon – la magie du luxe opère aussi : plafonds en cuir de Cordoue, fenêtres tendues de velours de Gênes, tapisseries des Gobelins, couverts en argent Christofle, verres en cristal Bacarrat.
Les parois lambrissées en loupe de bouleau de Finlande, éclairées par des lampes en bronze poli et ornées de laques, dorures et marqueteries, sont l’oeuvre de l’ensemblier René Prou, entre 1926 et 1929.
Quant à René Lalique, génial maître verrier, il peaufine le style Orient-Express avec ses précieux motifs en pâte de verre sablé.
Chaque cabine dispose en outre du chauffage central, de l’eau chaude, de l’éclairage au gaz et – détail cinq étoiles – d’un bouton de cuivre pour sonner le groom. De quoi améliorer les 3000 km de périple jusqu’à Istanbul et faire un voyage de rêve…