Jean-Michel Frank | centenaire de l’Art déco

Il y a dans le regard triste de 𝑱𝒆𝒂𝒏-𝑴𝒊𝒄𝒉𝒆𝒍 𝑭𝒓𝒂𝒏𝒌 le reflet des drames qu’il a vécus à l’aube de la vingtaine et qui ont peut-être inspiré son esthétique du vide.

Ses intérieurs dépouillés à l’extrême semblent en effet comme des scènes de théâtre vides qui résonnent de la douloureuse absence des êtres chers. Celle de ses frères et de son père tragiquement disparus en 1915, puis de sa mère, accablée par le chagrin.

Au coeur des Années folles, il brûle néanmoins encore de passion pour la littérature et l’art. Et il improvise sa vie dans la décoration, encouragé par ses grands amis, écrivains et poètes.

À mi-chemin entre le style opulent d'un Ruhlmann et le modernisme hygiéniste d'un Le Corbusier, Frank cultive une ascèse chic. Son 𝑨𝒓𝒕 𝒅𝒆́𝒄𝒐 propose une tension sensuelle maîtrisée, avec des formes et des volumes sobres et un raffinement dans le mélange des matières.

Faisant fi des règles de l’art de l’ébénisterie classique qu’il ignore, il incorpore des matériaux ordinaires dans ses créations, comme le gypse, le mica, la moleskine et d’autres dits « pauvres », le rotin, la paille, la terre cuite.

Dans un jeu de contraste décomplexé, il les juxtapose avec les matières nobles en vogue : parchemin, bronze, cuir, chêne, galuchat.

Le Tout-Paris s’entiche vite de cet autodidacte surdoué.

Cocteau dira de lui qu’il a mis Paris sur la paille, en clin d’oeil à son emploi effréné de la marqueterie de paille.

Dans un tourbillon artistique et mondain, Frank décore les intérieurs de l’intelligentsia et de la jet-set. Il débarrasse du superflu l’hôtel des Noailles, l’appartement de Schiaparelli, celui de Mauriac, de Guerlain, un penthouse à San Francisco…

Alors qu’il s’adjoint le talent de créateurs comme Christian Bérard, Alberto Giacometti, Salvador Dali, la couleur fait peu à peu son apparition dans ses projets. Une de ses dernières commandes sera l’appartement de Nelson Rockefeller, où il intègre même du mobilier de style.

Mais l’embellie est de courte durée. Alors qu’il fuit la guerre outre-atlantique, il se suicide en 1941 à New York, submergé par la noirceur de l’époque et peut-être rattrapé par ses fantômes…

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