Eileen Gray | centenaire de l’Art déco
Il y a dans le visage d’𝐸𝑖𝑙𝑒𝑒𝑛 𝐺𝑟𝑎𝑦, souvent sévère, rarement souriant, tout le paradoxe d’une femme à la fois émancipée et empêchée.
Née en Irlande dans un milieu aristocrate et artistique, elle fait ses études à la 𝘚𝘭𝘢𝘥𝘦 𝘚𝘤𝘩𝘰𝘰𝘭 𝘰𝘧 𝘍𝘪𝘯𝘦 𝘈𝘳𝘵𝘴 à Londres et se lance dans l’art de la laque après une visite décisive au 𝘝𝘪𝘤𝘵𝘰𝘳𝘪𝘢 & 𝘈𝘭𝘣𝘦𝘳𝘵 𝘔𝘶𝘴𝘦𝘶𝘮.
En 1910, elle s’installe à Paris et ouvre un atelier avec le laqueur japonais Seizo Sugawara.
Elle vit les prémices de l’Art déco au rythme, lent, très lent, de la laque.
Le couturier et collectionneur Jacques Doucet lui commande ses premières pièces. En 1917, elle réalise l’appartement de Juliette Mathieu-Levy qui sera publié dans le 𝘏𝘢𝘳𝘱𝘦𝘳'𝘴 𝘉𝘢𝘻𝘢𝘢𝘳. Puis ouvre sa galerie rue du Faubourg Saint-Honoré en 1922 avec le soutien de Jean Badovici.
En 1925, subjuguée par le 𝘗𝘢𝘷𝘪𝘭𝘭𝘰𝘯 𝘥𝘦 𝘭’𝘌𝘴𝘱𝘳𝘪𝘵 𝘯𝘰𝘶𝘷𝘦𝘢𝘶 de Le Corbusier à l'𝘌𝘹𝘱𝘰𝘴𝘪𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘥𝘦𝘴 𝘈𝘳𝘵𝘴 𝘥𝘦́𝘤𝘰𝘳𝘢𝘵𝘪𝘧𝘴 𝘪𝘯𝘥𝘶𝘴𝘵𝘳𝘪𝘦𝘭𝘴 𝘦𝘵 𝘮𝘰𝘥𝘦𝘳𝘯𝘦𝘴, elle se lance dans l’aventure du modernisme, reniant les « monstruosités de l’Art déco » (sic).
Cheveux coupés à la garçonne, grosses bagues en bakélite, Eileen conduit, apprend à piloter un avion et voyage seule à travers l’Europe.
Pour Jean Badovici, elle réalise sa première oeuvre d’architecture, la villa E-1027. Un manifeste global d’architecture où chaque meuble a été dessiné selon un emplacement et une fonction ultra-précise : meubles mobiles intérieur-extérieur, meubles insonorisés en liège, etc.
Etrange histoire que cette maison –profanée par Le Corbusier– à l’entrée de laquelle deux petits écriteaux disent « Entrer lentement » et « Ne pas sourire »…
Eileen Gray a brûlé à plusieurs reprises ses documents personnels et de travail, pour ne laisser que de rares archives. Peut-être pour jeter un voile pudique sur une vie de liberté solitaire...